Faire quelque chose de ce qu’on a fait de nous

Comme l’a écrit Sartre dans L’existentialisme est un humanisme : « L’important c’est de faire quelque chose de ce qu’on a fait de nous. » Jouet, par hérédité, des natures opposées de ses parents, Gilberte n’en demeure pas moins responsable de ses actes : 

Il est vrai que Gilberte était fille unique, mais il y avait, au moins, deux Gilberte. Les deux natures, de son père et de sa mère, ne faisaient pas que se mêler en elle ; elles se la disputaient, et encore ce serait parler inexactement et donnerait à supposer qu’une troisième Gilberte souffrait pendant ce temps d’être la proie des deux autres. Or, Gilberte était tour à tour l’une et puis l’autre, et à chaque moment rien de plus que l’une, c’est-à-dire incapable, quand elle était moins bonne, d’en souffrir, la meilleure Gilberte ne pouvant alors, du fait de son absence momentanée, constater cette déchéance. Aussi la moins bonne des deux était-elle libre de se réjouir de plaisirs peu nobles. Quand l’autre parlait avec le cœur de son père, elle avait des vues larges, on aurait voulu conduire avec elle une belle et bienfaisante entreprise, on le lui disait, mais au moment où l’on allait conclure, le cœur de sa mère avait déjà repris son tour ; et c’est lui qui vous répondait ; et on était déçu et irrité – presque intrigué comme devant une substitution de personne – par une réflexion mesquine, un ricanement fourbe, où Gilberte se complaisait, car ils sortaient de ce qu’elle-même était à ce moment-là. L’écart était même parfois tellement grand entre les deux Gilberte qu’on se demandait, vainement du reste, ce qu’on avait pu lui faire pour la retrouver si différente. (RTP : 449-450)

JFF couverture

Publicités

À propos de isadumas

Isabelle Dumas est doctorante à L'Université de Montréal en cotutelle avec Paris 3-Sorbonne Nouvelle, chargée de cours à l'U. de Montréal, aspirante spécialiste de Proust, spécialiste des romans de Houellebecq et auteure d'un roman (Disloc), ainsi que de quelques nouvelles. Elle s'intéresse de près à la création littéraire, est curieuse, fonceuse, et engagée à faire vivre, dans la mesure de ses moyens, la littérature.
Cette entrée, publiée dans Uncategorized, est marquée , , , , , , , , , , , , , . Mettre ce permalien en signet.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s